Tuesday, July 26, 2005

Adjonction d’affixes contextuels à quelques lexèmes initiaux

Dans la liste 2a se retrouvent répertoriés les Alsaciens qui peuvent être récupérables. Wagner lui-même considère que les Alsaciens qui sont parfois « malintentionnés » (Böswillige) ne peuvent pas être pétri que de « mauvaise pâte », affirmation qui sous-entend bien sûr qu’il espère que leur « bon côté » finira par l’emporter, et ceci au service du Reich bien entendu. Les phrases suivantes tirées d’un article de 1942 illustrent les propos du Gauleiter qui ne peut pas admettre (ich will nicht grundsätzlich annehmen) que ces gens soient foncièrement mauvais (diesen Menschen immer um schlechte handelt). Un grand nombre d’entre eux (eine groβe Zahl dieser Leute) ne se rendent pas bien compte (gar nicht ahnt) de ce qui se passerait si l’Allemagne échouait (wenn […] Deutschland unterläge). Wagner prédit qu’ils rentreront (zurückkommen) du combat à l’Est (nach dem Ostfeldzug) comme des anti-bolcheviques convaincus (als entschiedene Antibolchewisten).
Es gab damals zweifellos viele Böswillige- auch hier im Elsaß – die nur den einen Wunsch hatten, daß Deutschland geschlagen aus diesem neuen Krieg hervorgehen möge (l. 9 à 12)
Ich will nicht grundsätzlich annehmen, daß es sich in diesen Menschen immer um schlechte handelt (l. 13 à 15)
Vielmehr glaube ich, daß zum mindesten eine große Zahl dieser Leute gar nicht ahnt, was sie sich selbst zufügen würde, wenn ihr Wunsch in Erfüllung ginge und Deutschland in seinem ihm aufgezwungenen Titanenkampf unterläge (l. 13 à 21)
Sie werden genau so, wie ihre anderen deutschen Kameraden nach dem Ostfeldzug als entschiedene Antibolchewisten ins Reich zurückkommen (l. 55 à 58, 22/06/1942, SNN, p. 1,
Gauleiter Robert Wagners große Rede in Kolmar). Maintenant que le problème, soulevé par le référent « recensement », a été réglé, les Alsaciens devraient pouvoir être engagé dans les troupes allemandes et le service militaire obligatoire pourrait être mis en place.

De l’incorporation au service militaire obligatoire

Le recensement ayant fournit la liste d’hommes susceptibles d’être incorporés, on s’aperçoit que le recrutement ne se fera pas automatiquement, la question alsacienne ne semblant pas être complètement réglée comme on le verra. L’armée allemande continue à être méfiante, fait qui souligne que le cas alsacien reste encore particulier malgré les efforts faits. Pour commencer tous les Alsaciens en âge de faire la guerre c’est-à-dire les groupes d’hommes correspondant aux listes 1a, 2a et 2aa (les hommes de dix-huit à quarante-huit ans ayant une attitude positive, neutre ou récupérable) sont incorporés. Les Alsaciens ayant auparavant servis (geleistete Dienstzeit) dans l’armée française (in der französischen Wehrmacht) en font partie comme le précise la citation suivante datant du 19 février 1943. On leur assure qu’ils auront un grade militaire équivalent (von der deutschen Wehrmacht übernommen werden) à celui qu’ils avaient obtenu individuellement dans l’armée française auparavant ) (in ihrem früheren französischen Dienstgrad) - argument qui est censé les rassurer et les pousser à s’engager.
[…] sondern auch die Tatsache, daß den wehrpflichtigen Elsässern ihre in der französischen Wehrmacht geleistete Dienstzeit voll angerechnet wird und sie außerdem in ihrem früheren französischen Dienstgrad von der deutschen Wehrmacht übernommen werden (l. 69 à 75, 19/02/1943, SNN, p. 3, Der wehrpflichtige Elsässer in der deutsch-europäischen Front)
Les classes destinées à être recrutées vont donc varier à la mesure de la méfiance de l’OKW. Cette dernière décide donc de limiter le recrutement à ceux qui appartiennent aux générations post-1914 c’est-à-dire aux jeunes générations (die jungen Jahrgänge). Elle ne souhaite donc pas incorporer ceux dont elle aurait le plus à se méfier à savoir ceux qui ont servi sous les drapeaux français.
[…] auf Grund der ihm vom Führer erteilten Ermächtigung, sind die jungen Jahrgänge des Landes aufgerufen, sich in die feldgraue Front der deutschen Wehrmacht einzureihen (l. 4 à 8, 04/09/1943, SNN, p. 7, Das junge Elsaß tritt zum Wehrdienst an)
Le référent « incorporation » auquel fait appel le référent initial « Travail » prend plusieurs sens en fonction du contexte. Voici un tableau montrant son évolution sémantique au travers des lexèmes qui lui sont spécifiques au fil du temps.

REDUCTION DES CLASSES A INCORPORER EN TROIS ETAPES: voir le tableau dans la colonne de gauche.

Il apparaît très nettement que l’incorporation va concerner un public toujours plus restreint. Fait qui va entraîner une modification sémantique par étapes successives. Celle-ci est dûe à la variation du contexte militaire de plus en plus catastrophique dans un premier temps, à des opinions divergentes (l’OKW se méfie) et aux limites sémantiques que finit par obtenir un terme « nazi » quelconque puisque chaque concept en soulève d’autres comme ceux de l’« incorporation » et de la « nationalité ». Au sein des rangs allemands qu’intègrent les Alsaciens, on distingue ceux qui ont fait leur service dans l’armée allemande (wer in der deutschen Armee gedient hat) c’est-à-dire les Allemands eux-mêmes, de ceux qui ne l’ont pas fait (und wer nicht). Ces derniers sont les vieux soldats Alsaciens (alten Soldaten) qui ont servit sous les drapeaux français. En comparaison, prétend la citation, le soldat allemand (der deutsche Soldat) est supérieur (überlegen ist) à tous les autres (allen anderen).
Die alten Soldaten unter Ihnen werden auf den ersten Blick unterscheiden können, wer in der deutschen Armee gedient hat (l. 18 et 20) [wer in der deutschen Armee gedient hat] und wer nicht (l. 20 à 21) Sie wissen, daß der deutsche Soldat allen anderen überlegen ist . Deswegen sind wir aber nicht Kriegslüstern (l. 21 et 23, 27/08/1942, SNN, p. 2, « Wir wollen nur unsern Platz an der Sonne »)
Pour conclure, l’incorporation est difficile et restrictive mais elle s’est finalement mise en place et c’est bien ce que souhaitait Wagner. C’est surtout la situation d’urgence liée aux difficultés militaires qui a fait fléchir l’armée au départ opposée à un service militaire obligatoire et à une incorporation de force en Alsace mais qui finit par l’accepter même si elle reste méfiante et réduit les classes à incorporer. Une fois l’incorporation mise en place, il faut considérer la notion du Wehrpflicht qui devient effective au sein du discours. Nous remontons le schéma en boucle d’une étape. Nous parvenons ainsi à la notion d’ « Einführung » avant de passer au « nœuds des nœuds » : le Wehrpflicht. Le passage suivant indique quand (04/09/43) et par qui le service militaire a été introduit légalement (die Einführung der Wehrpflicht im Elsaß) soit, après une décision du Führer (nach einem Führerentscheid) et par le chef de l’administration civile à savoir le gouverneur et représentant de l’Etat Robert Wagner (durch den Chef der Zivilverwaltung, Gauleiter und Reichsstatthalter Robert Wagner). Nous y voilà enfin !
Daß die wehrpflichtigen Elsässer als vollwertige und gleichberechtigte deutsche Männer anerkannt werden, beweist nicht nur die Einführung der Wehrpflicht im Elsaß, die nach einem Führerentscheid grundsätzlich zur deutsche Menschen, zur deutschen Wehrmacht beruft (l. 59 à 67, 19/02/1943, SNN, p. 3, Der wehrpflichtige Elsässer in der deutsch-europäischen Front)
Mit der Einführung der Wehrpflicht im Elsaß durch den Chef der Zivilverwaltung, Gauleiter und Reichsstatthalter Robert Wagner, (l. 1 à 4, 04/09/1943, SNN, p. 7, Das junge Elsaß tritt zum Wehrdienst an)
Ce découpage des « parties inconvenantes » de la population tel qu’il est proposé servirait de clé pour commencer à régler les problèmes précédents. C’est avec cette carte démographique ciselée et réduite, désormais conforme aux idéaux, que les nazis concernés prétendent pouvoir régler les problèmes que leur intolérance soulève sans cesse et qui s’enchevêtrent à n’en plus finir. D’abord « recenser » pour « épurer » puis « incorporer » pour finir par obtenir le « service militaire obligatoire » en Alsace. Récapitulons les évolutions de sens du référent « Travail » réalisées entre temps et qui n’ont pas été encore répertoriées dans un second tableau.

Sunday, July 24, 2005

Tableau sémantique (2) Voir le tableau de la colonne de gauche

Finalement, c’est en procédant à un découpage des « parties inconvenantes » de la population que l’on obtient la clé pour commencer à régler les problèmes précédents. C’est avec cette carte démographique ciselée et réduite, désormais conforme aux idéaux, que les nazis concernés prétendent pouvoir régler les problèmes que leur intolérance soulève sans cesse et qui s’enchevêtrent à n’en plus finir. D’abord « recenser » pour « épurer » puis « incorporer » pour finir par obtenir le « service militaire obligatoire » en Alsace. Les référents « RAD » puis « Wehrpflicht » sont des marques de l’histoire alsacienne sous l’Occupation, deviennent de ce fait des formes pôle[1] vers lesquelles convergent tout un tas d’autres référents comme « Einführung » ou encore « Reichsangehörigkeit » escortés de leurs réseaux lexicaux (les lexèmes répertoriés).

Nous avons voulu montrer à travers ce tableau à quel point l’évolution du discours nazi alsacien au travers du lexique est liée aux exigences quotidiennes et à la situation militaire. Cela étant dit, il faut constater que le but unique des Allemands est d’exploiter la population helvétique que ce soit pour en tirer une satisfaction personnelle (c’est le cas de Wagner) ou pour utiliser leur force de travail. Même si la présentation des objectifs allemands varie (RAD puis Wehrdienst), peut-être aussi pour distraire le lectorat, la seule chose souhaitée par les autorités nazies est d’obtenir la collaboration des Alsaciens. En révélant comment le discours évolue, on peut montrer de quelle façon s’enrichit le lexique dans un cadre nazi et à quoi tient l’apparition de nouveaux lexèmes. C’est ainsi que nous pouvons prétendre mettre à jour les artifices de la propagande.

[1] Dominique Maingenau, L’analyse du discours, p. 55.